Les secrets du quartier Petite France

Au cœur de Strasbourg, entre les bras de l’Ill, le pittoresque quartier de la Petite France semble suspendu, hors du temps. Maisons à colombages, placettes, ponts, fleurs et lumières composent un paysage idyllique. Mais connaissez-vous les secrets de ces lieux ?

Le centre de Strasbourg figure au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il attire des touristes du monde entier et recèle à lui seul la quintessence de ce qui compose la capitale européenne : patrimoine architectural, paysages de carte postale et histoires… 

Bâtiments remarquables et ambiance typiquement alsacienne

La Grande Île et la Petite France gardent une trace de la civilisation romaine, mais c’est la trame urbaine médiévale qui a marqué le quartier. En attestent les bâtiments remarquables, dont la cathédrale Notre-Dame est le point culminant. De plus, les influences françaises et allemandes font de Strasbourg une ville à l’identité unique, sans équivalent en Europe. De nombreux édifices religieux (église Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Pierre-le-Jeune, Saint-Thomas, Saint-Etienne, Œuvre Notre-Dame) rythment le paysage urbain. Le Palais Rohan complète cet ensemble monumental. C’est d’ailleurs à ses pieds que se trouve l’embarcadère des bateaux-promenades. Vous pourrez, à partir de là, découvrir le quartier Petite France, notamment, en passant sous certains des vingt-et-un ponts ou passerelles de la ville. 

Quartier de la Petite France
Embarquez pour une croisière en bateau-promenade pour découvrir le cœur du quartier de la Petite France © Damien Maurin - straspix

Le saviez-vous ? En plus d’être inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, Strasbourg a reçu le label Ville d’Art et d’Histoire en 2013. Cependant, derrière ses apparences calmes et romantiques, la Petite France révèle bien des secrets !

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Un quartier historique au passé sulfureux…

Au XVIe siècle, ce quartier était un territoire marginal, aux confins de la ville. Il abritait les pêcheurs, les meuniers et les tanneurs, dont l’activité était liée à la présence de l’eau.  Les noms des rues en sont des témoins : rue du Fossé des Tanneurs, quai des Pêcheurs, quai des Bateliers, etc.

Le travail de ces corps de métiers imprégnait l’air d’odeurs insupportables. L’humidité, omniprésente, rendait ses lieux peu attractifs. Le quartier vivait au rythme du travail. Les peaux de bêtes étaient suspendues aux poutres pour sécher, donnant aux façades leur apparence si particulière. La hauteur des toits pentus témoigne aujourd’hui encore des usages de ces greniers. 

Les maisons à colombages avec leurs ossatures de bois et torchis ont été, au fil des années, réhabilitées, mais leur structure reste celle des habitations et lieux de travail traditionnels. Parmi ces bâtisses, la Maison des Tanneurs, érigée en 1572 au bord de l’Ill, est l’un des témoins les plus emblématiques des maisons d’artisans de la rue du Bain aux plantes.

Mais pourquoi parler de « Petite France » ? D’abord dénommé « Petite Venise » du fait de la présence de l’eau, le quartier a connu un destin hors du commun…

 

À la fin du XVe siècle, le quartier est artisanal et populaire. Dans les années 1490, commencent les guerres d’Italie. Le roi de France Charles VIII a besoin d’hommes et embauche des mercenaires alsaciens. Strasbourg est à ce moment-là une ville du Saint-Empire romain germanique. À leur retour, les troupes sont atteintes de syphilis (grande vérole). Pour contenir cette maladie épidémique, il est décidé de construire un hôpital dans le quartier.

En 1503, un modeste hospice est ainsi bâti dans le quartier Finkwiller. Cet établissement est transféré, sous Louis XIV, dans le quartier des Meuniers (futur quartier Petite France).

Les habitants, accusant les Français de propager l’affreuse maladie, parlent alors du « mal français ». Progressivement, l’appellation s’étend à toute la zone située autour de l’hôpital et le quartier est désigné par tout un chacun comme étant La Petite France. La rue des Bains aux Plantes qui le traverse toujours, est d’ailleurs une référence aux pratiques d’immersions des malades, supposées curatives.

De là vient le nom du quartier, mais son histoire se poursuit, surprenante, inattendue, et toujours liée à la présence de l’eau et à la nécessité de subvenir aux besoins des habitants.

Reconversions et influences germaniques

En effet, d’autres périodes ont marqué le quartier : La Petite France a également vécu des reconversions industrielles. Les anciennes glacières en sont un exemple très frappant et insolite. Entre 1897 et 1990, une usine produisant du froid artificiel y siège. Cette activité est alors essentielle à une époque où la conservation des aliments relevait du défi. 

Pourquoi ? Parce qu’après la guerre de 1870, la ville se développe très rapidement. Entre 1871 et 1918, la surface de Strasbourg est multipliée par trois et la population croît en conséquence. Nourrir tous ces habitants est un défi. Or, les premières techniques de froid artificiel sont mises au point en Suisse et en Allemagne. Rappelons que Strasbourg est une ville allemande à cette époque, qui bénéficie donc de ces innovations. L’usine de glace artificielle de la Petite France est créée en 1897. Et pour répondre aux besoins de conservation par le froid, la glacière de Strasbourg tourne à son plein. Avec un appui industriel hors de la ville, cette usine fabrique des blocs de glace. Les brasseurs et les bouchers - charcutiers notamment, s’installent à proximité, dans les locaux des anciens moulins à aube. Ainsi, l’ancien quartier des meuniers, existant depuis le XIIe siècle, devient celui de l’alimentation soucieuse de la chaîne du froid… et la Petite France change encore de configuration.

Écluse A du quartier de la Petite France
Écluse A du quartier de la Petite France © Goodway - Cécile Baret

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Plus tard, lorsque l’usine ferme, une nouvelle vie commence : les lieux sont transformés en hôtel. Lors des Journées européennes du patrimoine, les visiteurs peuvent découvrir les entrailles de cette ancienne usine.

Depuis ses origines, ce quartier situé en proximité de l’eau est un lieu prisé pour :

  • Les bateliers
  • Les meuniers
  • Les tanneurs
  • Les brasseurs
  • Les bouchers- charcutiers
  • Et aujourd’hui, les hôteliers, restaurateurs et les acteurs du tourisme.

Que vous passiez quelques heures ou plusieurs jours à Strasbourg, nous vous conseillons vivement de visiter la Petite France ! Au détour d’une ruelle pavée, laissez-vous surprendre par l’Histoire et les histoires que recèle la ville. Vous ferez le plein de découvertes et de souvenirs. 

Et pour en savoir plus et découvrir la ville depuis l’Ill, direction l’embarcadère Cathédrale de vos bateaux-promenade !


Avec Batorama, (re)découvrez Strasbourg autrement, à bord de nos bateaux promenades. Des maisons à colombages de la Petite France au quartier impérial de la Neustadt, en passant par les institutions européennes, admirez la capitale européenne depuis l’eau.

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